Mal calibrer mes plages de lecture m’a coûté un trimestre d’avance perdu

Laëtitia Boucher

juillet 7, 2026

Le stylo a glissé sur la marge, et mal calibrer mes plages de lecture m'a coûté un trimestre d'avance perdu. À la librairie Mollat, mon carnet ouvert sous une lumière trop blanche, j'ai rouvert mes notes en fin de trimestre. Les surlignages montaient en colonnes, les onglets débordaient, et rien n'indiquait ce que j'allais tester. J'ai vu là, d'un coup, que mes 12 semaines avaient nourri ma pile, pas mon projet.

J’ai cru que lire beaucoup suffisait, mais je tournais en rond sans agir

En tant que Rédactrice spécialisée en entrepreneuriat et organisation professionnelle pour un magazine indépendant, j'ai passé 20 ans à lire entre deux urgences. Mes 2 enfants adolescents, 15 et 18 ans, remplissaient déjà la maison de bruit, de sacs ouverts et de questions de dernière minute. Je lisais quand la journée était finie, quand la table gardait encore les traces du dîner, et quand mes yeux piquaient déjà.

Je suis partie sur des séances de fin de journée, persuadée que 25 minutes allaient suffire. J'ai été convaincue qu'un livre, deux articles et un PDF ouverts en même temps me feraient gagner du temps. En réalité, je changeais de support sans arrêt. J'avais l'impression d'avancer, mais je sautais d'une idée à l'autre sans rien trier.

Mon travail de Rédactrice spécialisée en entrepreneuriat et organisation professionnelle pour un magazine indépendant m'a appris à découper une matière, mais j'ai oublié ce réflexe pour mon propre projet. J'étais sûre de moi quand j'ai rempli le carnet de surlignage fluo et de phrases recopiées. Presque aucune ligne ne commençait par "je fais" ou "je teste". Je gardais des extraits, pas des décisions.

Je me suis retrouvée à relire la même page trois fois, le stylo posé au milieu, sans vraiment comprendre ce que je retenais. Le livre restait ouvert à côté d'un café froid, et les notes en marge prenaient plus de place que le texte utile. J'ai été frappée par ce silence dans ma tête, parce que le passage était familier, mais impossible à résumer le lendemain.

Ma Licence en Sciences de l’Éducation (Université de Rouen, 2002) m'avait appris à faire des liens simples entre lecture et action. Sur le moment, je n'ai pas relié ce savoir à ma propre façon de lire. Je suis restée avec trois onglets ouverts, un carnet plein, et zéro décision datée.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas, j’avais perdu un trimestre entier

Je suis rentrée dans mon bureau un vendredi soir avec le carnet noirci, et le silence m'a sauté au visage. Plusieurs pages de surlignage n'avaient aucune date à côté. Le marque-page est resté coincé au même endroit pendant des jours, un signe clair que je tournais en rond sans avancer, et c'est là que j'ai réalisé que tout ce temps était perdu.

J'avais perdu 12 semaines, et mon offre de lancement avait pris du retard. Une petite mission à 280 euros m'a échappé pendant que je décortiquais des paragraphes au lieu d'écrire ma proposition. J'avais aussi acheté 36 euros de livres et de carnets qui ont fini dans une pile immobile. Le coût n'était pas seulement financier, il était aussi dans l'élan cassé.

Je me suis demandé si j'avais mal choisi mes ressources ou si c'était ma motivation qui coinçait. J'ai ouvert les onglets, puis je les ai refermés, parce que les méthodes se mélangeaient dans ma tête. J'avais l'impression de connaître le texte, mais je ne savais plus l'expliquer sans le livre sous les yeux.

Le carnet montrait la même chose, ligne après ligne. Des citations bien copiées, aucune décision, aucun "je teste". Quand j'ai vu trois pages de surlignage sans la moindre date, j'ai été frappée plus fort que par la facture. Là, j'ai compris que mon trimestre d'avance avait disparu dans une lecture mal réglée.

Ce que j’aurais dû faire : créer un rituel de synthèse et d’action après chaque séance

Après coup, j'ai compris que j'avais besoin d'un rituel simple. Dix à quinze minutes à la fin de chaque séance, pas plus, pour écrire trois actions datées et faisables. Je suis devenue plus lucide dès que j'ai relié une lecture à un geste concret, même minuscule. Sans ça, la page restait jolie, mais elle ne bougeait rien.

J'ai aussi arrêté d'ouvrir trois ressources sur le même sujet. Un livre à la fois, puis ses notes, puis je ferme. Les cadres cessent de se marcher dessus, et je ne confonds plus une méthode avec une autre. Avant, je croyais gagner du terrain, alors que je mélangeais des recettes qui ne parlaient pas du tout la même langue.

Les signaux étaient là, et j'ai fini par les voir sans filtre. Le carnet fluo, les paragraphes relus trois fois, la page reprise du début, le surlignage frénétique, tout ça criait déjà que ma plage de lecture était bancale. Le moindre doute me faisait rouvrir le livre, comme si reprendre depuis le début allait clarifier quelque chose.

  • notes floues qui ne disent rien de précis
  • onglets ouverts partout sur le même sujet
  • aucune décision datée au bord du texte
  • relecture du même paragraphe sans rien retenir
  • envie de rattraper le retard avec une grosse session

Le pire, c'est le week-end où j'ai voulu rattraper tout d'un coup. J'ai lu pendant 90 minutes, puis j'ai repris le lundi avec une impression de familiarité, sans savoir résumer la moindre idée clairement. Deux jours après, la moitié était déjà évaporée. Ce faux rattrapage m'a laissé encore plus vide qu'avant.

Aujourd’hui je sais que lire plus ne sert à rien sans un vrai plan d’action

Mon travail de Rédactrice spécialisée en entrepreneuriat et organisation professionnelle pour un magazine indépendant m'a appris, sur 20 ans, qu'une lecture calme le matin change le niveau d'attention. Je posais le téléphone hors de portée, je gardais un carnet à côté, et je faisais une seule séance fixe avant les mails. La tête était moins encombrée, et le tri allait plus vite.

Je notais trois décisions maximum, pas une page entière. Les semaines où j'ai tenu ce cadre, j'ai avancé par petits tests, et mon offre a cessé de tourner en rond. Le résultat était visible dans ma façon d'écrire la suite, pas dans la taille du carnet. J'ai fini par comprendre que la quantité de pages n'avait jamais été mon vrai problème.

Les repères de BPI France sur la structuration d'un projet m'ont servi de rappel, parce qu'ils m'ont ramenée vers une progression nette plutôt que vers l'empilement. J'ai aussi regardé du côté de l'INSEE pour garder un œil sur la façon dont le temps se morcelle dans les journées de travail. Ça m'a évité de croire que mes soirées valaient autant qu'une matinée nette, alors qu'elles étaient déjà grignotées par tout le reste.

Je ne confonds pas ce désordre avec un problème médical ou psychologique. Quand la surcharge mentale prenait toute la place, je n'avais pas de réponse toute faite, et j'aurais orienté vers un médecin ou un psychologue pour ce qui dépassait l'organisation. Là, je n'étais plus dans une question de lecture, mais dans une fatigue qu'aucun carnet ne pouvait régler.

Si j'avais su plus tôt qu'un carnet rempli n'est pas un plan, j'aurais évité de laisser filer 12 semaines. En pratique, je n'avais besoin que d'une ressource à la fois et de 10 minutes de synthèse au bout de chaque séance. Moi, j'ai gardé des pages jolies et des décisions vides, et ça m'a coûté 12 semaines de trop.

Laëtitia Boucher

Laëtitia Boucher publie sur le magazine Au Jardin des Bulles des contenus consacrés à l’entrepreneuriat, à l’organisation d’activité, aux livres et aux ressources d’apprentissage. Ses articles sont pensés pour aider les lecteurs à mieux comprendre un sujet et explorer de nouvelles idées à travers la lecture. Son approche repose sur la clarté, la pédagogie et la recherche de repères concrets, avec une attention portée aux livres comme supports de formation, de progression et d’ouverture sur de nouvelles façons d’apprendre.

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