Pourquoi j’ai préféré eat that frog aux longues listes de tâches

Laëtitia Boucher

juin 19, 2026

Le carnet ouvert sur la table, je comptais 20 lignes pendant que mon café refroidissait à côté de la vitrine de la Librairie L'Armitière. Depuis en région rouennaise, je suis partie 2 heures plus tôt vers Rouen centre pour couvrir une réunion, et j'ai voulu tester Eat That Frog dans cette matinée hachée. En tant que Rédactrice spécialisée en entrepreneuriat et organisation professionnelle pour un magazine indépendant, j'ai été convaincue qu'une seule tâche prioritaire pouvait calmer ce brouhaha. Je vais préciser dans quels cas cette méthode m’a été utile, et dans quels cas elle m’a semblé plus piégeuse.

Le jour où j’ai compris que choisir un seul frog devenait impossible

Le premier matin, j'ai ouvert mon carnet et j'y ai vu 12 lignes serrées, pas une de moins. J'avais noté un frog clair, puis un appel à 8 h 20, puis une réunion qui a débordé jusque vers 9 h 05. Dès que le planning s'est morcelé, j'ai compris que la méthode ne pardonne pas l'à-peu-près.

J'ai surtout senti la frustration remonter quand je rouvriais la page pour la troisième fois sans commencer. Je me suis retrouvée à ranger un dossier, à déplacer deux fichiers, puis à répondre à un message sans rapport. Dès que la première réunion débordait, mon unique tâche prioritaire s'évaporait comme une promesse oubliée.

Mon vrai faux pas, c'était d'écrire "avancer sur le projet". Une phrase comme ça ne me sert à rien, car elle ne dit ni le premier geste ni la fin visible. Le bloc de concentration s'effondrait aussi parce que le premier créneau libre sautait entre un appel de 9 h 30 et une autre réunion. Le téléphone posé loin du bureau me donnait un peu d'air, mais je perdais vite le fil dès qu'un onglet parasite s'ouvrait.

Ce qui m’a fait changer d’avis malgré tout, et ce qui coince encore

Quand j'ai réussi à avaler le frog avant mes mails, je me suis sentie plus légère, comme si l'écran avait perdu du poids. J'ai été frappée par le contraste : en 11 h, la liste manuscrite était barrée, et je gardais encore de l'élan pour la suite. Après ce bloc, le reste de la matinée paraissait presque mécanique, et le silence du bureau me semblait presque sonore.

Le problème, c'est que cette sensation ne tient que si je protège la première heure. Quand les notifications restaient visibles et que la boîte mail était ouverte, ma concentration se fissurait en miettes. Le téléphone posé loin du bureau m'a aidée, mais il suffisait d'un onglet parasite pour casser l'élan.

Une fois, j'ai choisi la tâche la plus urgente émotionnellement au lieu de la plus importante. J'ai passé 25 minutes à répondre à un message qui criait fort, puis j'ai laissé le dossier de fond filer au lendemain. Le plus difficile, c’était surtout de ne pas laisser les urgences visibles prendre toute la place.

J'ai aussi buté sur la taille du frog. Si je l'écris trop large, comme « avancer sur le projet », je tourne autour du carnet. Si je le découpe en verbes d'action précis, je suis devenue beaucoup plus nette sur le premier geste. Au bout de 2 semaines, je l'ouvrais sans hésiter, parce que le choix du matin me coûtait moins.

Pourquoi je conseille eat that frog à certains profils, mais pas à d’autres

En 20 ans de travail rédactionnel, je compose avec des matinées fragmentées et deux adolescents à la maison. Mon travail de Rédactrice spécialisée en entrepreneuriat et organisation professionnelle pour un magazine indépendant m'a appris à structurer des sujets flous. Quand mon aîné de 18 ans traverse la cuisine et que mon autre adolescent de 15 ans me coupe pour un devoir, la première heure se dissout vite.

La méthode va très bien à quelqu'un qui travaille seule, bloque 60 minutes, et avance sur un projet long. Je la vois bien chez une indépendante qui prépare ses contenus la veille, chez une porteuse de projet qui garde 3 tâches maxi, ou chez une salariée qui commence tôt dans un bureau calme. Là, le gain tient dans la baisse du stress visuel et dans le fait de barrer une tâche lourde avant le reste.

Je la déconseille dès que les journées se morcellent en 4 appels, 3 réunions et 1 créneau libre qui saute au moindre retard. Dans ce cas, je me suis retrouvée à faire des micro-bricolages, pas à avancer sur le fond. Le gros bloc demandé par Eat That Frog se fait grignoter, puis la liste reprend le dessus.

Ma Licence en Sciences de l’Éducation (Université de Rouen, 2002) m'a appris à découper une consigne avant de la transmettre, et c'est exactement ce qui me sert ici. Les repères de l'INSEE sur la fragmentation du temps de travail m'ont aussi aidée à nommer ce que je vivais. Si la surcharge me pousse à ruminer, je préfère passer le relais à une psychologue.

Les alternatives que j’ai testées quand eat that frog ne suffisait pas

Quand Eat That Frog coinçait, j'ai testé la méthode Pomodoro adaptée aux interruptions. Je lançais 25 minutes de travail, puis je gardais 5 minutes pour les messages, ce qui me laissait une vraie respiration. J'ai aussi utilisé une to-do list segmentée, avec 1 tâche principale et 3 petites tâches autour.

Dans ma journée éclatée, Pomodoro tient mieux que le gros bloc unique, parce que je n'attends pas le silence parfait. La liste segmentée marche aussi mieux quand je sais qu'un appel peut tomber à 9 h 15. Je ne cherche plus à faire tenir 20 lignes dans une colonne qui déborde jusqu'au soir.

Un mardi avec 4 appels, 3 réunions et un mail urgent de mise en page, j'ai basculé sur cette version courte. J'ai écrit la tâche principale en haut, puis j'ai barré le reste sans scrupule. Là, la journée n'était pas héroïque, mais elle avançait.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

Pour qui oui

Je conseille surtout Eat That Frog à l’indépendante qui ouvre son carnet à 7 h 30, coupe les notifications pendant 1 heure et supporte mal une liste de 20 lignes. La méthode me paraît aussi utile à une porteuse de projet qui prépare la veille 1 tâche lourde et 3 petites. Dans ces cas-là, elle aide à démarrer plus calmement et à éviter le flottement devant la page.

Je le vois bien chez quelqu'un qui travaille seule dans un bureau calme, avec un vrai créneau avant 10 h 30. Je le vois aussi chez une mère ou un père qui a déjà organisé la garde des enfants et peut protéger 60 minutes. Pour quelqu'un qui accepte de bloquer ce temps et de couper le bruit numérique, le gain est net.

Pour qui non

Je déconseille plutôt Eat That Frog à la personne dont le premier créneau saute à 8 h 15, avec 4 réunions et 2 appels avant midi. Je le déconseille aussi à celle qui note une tâche trop vague, parce qu’elle finit devant la page sans démarrer. Si le frog est énorme et flou, la méthode finit surtout par ajouter de la pression.

Je l'écarte aussi les jours où mes mails débordent et où je n'ai aucun bloc protégé. Dans ce cas, je reviens à une to-do list segmentée, plus honnête avec mon rythme réel. Quand la journée est morcelée, je préfère avancer par morceaux plutôt que de jouer la performance.

Mon verdict : je retiens Eat That Frog pour les matins où je peux protéger 1 heure, préparer la tâche la veille et laisser le téléphone loin du bureau. Pour quelqu’un qui accepte ce cadre et qui supporte une seule priorité forte, je le trouve vraiment utile. Sur ma table de bureau en région rouennaise, le marque-page de la Librairie L'Armitière reste à côté de mon carnet.

Laëtitia Boucher

Laëtitia Boucher publie sur le magazine Au Jardin des Bulles des contenus consacrés à l’entrepreneuriat, à l’organisation d’activité, aux livres et aux ressources d’apprentissage. Ses articles sont pensés pour aider les lecteurs à mieux comprendre un sujet et explorer de nouvelles idées à travers la lecture. Son approche repose sur la clarté, la pédagogie et la recherche de repères concrets, avec une attention portée aux livres comme supports de formation, de progression et d’ouverture sur de nouvelles façons d’apprendre.

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